Le projet Culturel
Les préjugés qui pèsent sur les sociétés et cultures africaines sont le fruit d’une anthropologie non scientifique, qui se veut comparatiste et classificatrice. A l’origine, à la rencontre avec « l’autre », le non européen, une vision péjorative fut adoptée qualifiant ainsi toutes ces sociétés, cultures non européennes de « sauvages, barbares, des créatures mi-hommes mi-bêtes » etc. Un tel discours sur les sociétés « autres » a eu des conséquences historiques (esclavage, évangélisation, colonisation) et continuent dans un contexte de mondialisation d’impacter sur les relations « nord-sud ».
L’Afrique de sa part et après les indépendances des années 1960, a vu naitre plusieurs projets culturels s’inscrivant dans une dynamique de mettre fin à une domination culturelle occidentale. Ainsi, on assiste en 1976 à l’adoption par l’OUA, de la Charte Culturelle du continent pour être une plate-forme à l’intégration culturelle intra-africaine et un corpus théorique pour l’élaboration des politiques culturelles des membres. Le Sénégal étant membre de l’organisation et avec un président de la république de l’époque, Léopold Sédar Senghor fort de sa théorie du « rendez-vous du donner et du recevoir », va expérimenter plusieurs projets culturels depuis 1960 à nos jours. A ce propos l’organisation du premier Festival mondial des arts nègres et du troisième Fesman, la mise en place des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs, du théâtre national Daniel Sorano et récemment du Grand Théâtre, du Monument de la Renaissance Africaine, de la Place du souvenir africain sont entre autres le résultat de plus de 50 ans de politique culturelle.
Malgré ces efforts consentis d’une part par l’Etat et de l’autre, par les acteurs culturelles, il est nécessaire de repenser les orientations des projets culturels sénégalais face aux défis de la mondialisation.
Basée sur des principes d’ouverture et de libéralisation des échanges mondiaux, la mondialisation est un phénomène qui tend vers une unification des valeurs, des modes de vie, de gouvernance, de pensée, etc. Selon Anne-Marie Robert MA, elle « est un phénomène historique caractérisé par une succession de périodes d’accélération et de ralentissement ». De nos jours, avec les industries culturelles et créatives, l’on assiste de plus en plus à une domination culturelle des grandes puissances et les pays comme le Sénégal, sont souvent absents aux rendez-vous. L’on se pose alors les questions suivantes : Quelle doit être la politique culturelle d’un Sénégal qui se veut une place de prestige dans un contexte de mondialisation ? De quelle manière, arrivera –t-il à préserver et à faire rayonner sa culture dans un monde dominé par la culture des grandes puissances ayant le monopole sur les technologies de l’information et de communication ? Quelles doivent être les orientations de la politique culturelle du Sénégal en ce 21e siècle ?
Répondre à une telle série de questions, nous amène dans les lignes qui vont suivre, à mener une réflexion sur les orientations stratégiques d’un projet culturel sénégalais capable de faire face aux défis de la mondialisation.
La politique culturelle du Sénégal dans son ensemble doit être bâtie sur le concept de « sénégalité » représentant ainsi l’enracinement par la pratique et la promotion des valeurs propre au pays à travers des projets visant à la fois le présent et l’avenir. Dans le présent, une réadaptation et un développement constant de ce qui existe sur le plan des structures culturelles, de la formation des hommes et des voies et moyens nécessaires à la mise en œuvre de la politique culturelle définie par le gouvernement ; dans l’avenir par l’élaboration et la réalisation de projets de développement culturel à moyen et long terme. C’est ainsi que la construction d’un musée d’art négro-africain constituant un moyen indispensable d’illustration des valeurs témoins de la « sénégalité » doit être envisagée à travers une collection des outils, matériels cultuels et objets d’art en voit de disparition. La construction d’un Musée international d’art contemporain, d’une Bibliothèque nationale prenant en compte les productions en langues nationales et d‘une Cité des arts, qui abritera, outre l’Institut national des arts, des ateliers et des galeries d’exposition pourra réconcilier passé et présent et en même servir de source d’inspiration pour l’avenir.
L’intégration des enseignements sur la culture, de ces enjeux et de ces perspective à tous les niveaux de l’éducation doit être envisagée en ce sens qu’elle va permettre de cultiver la « sénégalité » et d’en faire une réalité nationale. Cela va également contribuer à la formation d’un nouveau type de sénégalais fier de sa « sénégalité » et capable de résister aux effets pervers de la mondialisation. Dès lors, La préservation de l’identité culturelle apparaît comme l’élément le plus fondamental dont disposent la société sénégalaise afin de lutter contre une forme d’acculturation qui peut devenir aliénante.
Cependant un tel projet doit être appuyé par des universitaires et chercheurs dans le domaine de la culture, qui, de part une « anthropologie sans complaisance » de la société sénégalaise, arriveront à des conclusions permettant de comprendre et de pouvoir construire cette « sénégalité ».
Bibliographie
Abdoulaye Gaye Quelle politique culturelle pour le Sénégal ? Le Quotidien 1er février 2017 http://www.lequotidien.sn/quelle-politique-culturelle-pour-le-senegal/ Anne-Marie
Robert MA, L’impact de la mondialisation sur la culture au Québec, Laboratoire d’étude sur les politiques publiques et la mondialisation Université du Québec, Rapport 1 — Facettes de la culture : antagonismes et perspectives, Juin 2005
Emel Altuner, Sarra El Khazzar et ali. L'impact de la mondialisation sur la culture marocaine. Université Ibn Zohr, L’École Nationale De Commerce et de Gestion. Pdf.
Julien Collette. Culture et mondialisation : penser l’anthropologie du développement dans un cadre global. Université de province Aix-Marseille 1, Mémoire de recherche, 2006-2007
Mamadou Seyni M’Bengue. La politique culturelle au Sénégal. Unesco, Paris 1973
Nestor Diapa FALL
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